A l’occasion de la sortie très attendue de The Tree of life de Terrence Malick, présenté ce lundi soir à Cannes, Brad Pitt se confie.
Comment définiriez-vous The Tree of Life, ce qui, pour une fois, n’est pas une question facile !
Brad Pitt : Et ce ne sera pas une réponse toute faite ! Pour moi, les adultes que nous sommes sont la conséquence directe des enfants que nous étions. Dans ce sens, The Tree of Life suit le parcours de trois frères qui évoluent entre une mère aimante, qui représente la bonté la plus pure, et un père qui, lui, est un humain avec ses failles. Mon personnage est un homme oppressé par sa vie, qui ramène sa rancune chez lui, quitte à devenir violent par moments. C’est la première opposition du film.
Et ce n’est pas la seule…
Avec Terrence, en effet, les thèmes sont divers mais toujours intimement liés. Quand la nature crée, l’homme détruit. Et quand l’homme détruit, un autre tente quand même de se construire. C’est aussi un film sur la tragédie et la violence de la mort. The Tree of Life évoque l’infiniment grand et l’infiniment petit, la splendeur suprême et la petite déviance. Quand Terrence offre dans le film sa « version », si je puis dire, de la création de l’univers, c’est sûrement aussi pour mieux illustrer l’inclinaison humaine pour l’autodestruction. Il y a, dans la majesté de la nature, toutes les racines du drame qui est en train de se nouer dans cette famille.
Il y a deux scènes, dans le film, où votre personnage de père prend toute sa profondeur : celle où il quémande un câlin à son fils et l’autre où il explose lors du déjeuner.
Oui, tout à fait. Il a cette attitude étrange de donner l’ordre à son fils de l’embrasser et de le prendre dans ses bras. C’est un moment où j’ai essayé de montrer à quel point il est fragile. Il sait que ses fils préfèrent leur mère, il est jaloux de leur liberté alors qu’il est, lui, enchaîné à son travail. Mais, en même temps, il essaie d’aimer sans savoir vraiment comment faire. La scène du déjeuner où il explose de fureur montre, en revanche, ses limites, sa rancoeur envers sa propre famille, ce qui est pour moi un sentiment terrible. Il semble irrémédiablement fermé de l’intérieur, incapable d’être heureux ou même malheureux par le deuil qui va le toucher directement.
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